TRAITS D’UNION – petit traité sur l’entre-deux – épisode 3: BENE-DICTION

BENE-DICTION

Le trait d’union fait comprendre rapidement de quoi il est question et nous renvoie à l’origine latine de ce mot : bene-dicere, dire du bien. Cette parole ou cette prière bien-faisante est à fois reconnaissance et louange. Elle est une parole qui non seulement dit du bien, de Dieu, des autres et de moi-même, mais qui peut aussi faire du bien. Elle est encore résistance à toutes les formes de male-diction !

Dans le simple Art de bénir [1], Pierre Pradervand affirme que la bénédiction porte en elle une énergie qui ne peut qu’atteindre celles et ceux à qui elle s’adresse.

Bénir signifie désirer et vouloir inconditionnellement, le bien illimité – pour les autres ainsi que pour tous les événements de la vie. Il s’agit de considérer avec émerveillement et de transmettre gracieusement en puisant aux sources les plus profondes et les plus intimes de notre être.

Bénir tout et tous, sans discrimination aucune, constitue la forme ultime du don, car ceux que vous bénissez ne sauront jamais d’où vient ce rayon de soleil qui soudain perça les nuages de leur ciel. Il s’agit de maintenir le désir de bénir comme une incessante résonance intérieure, comme une perpétuelle prière silencieuse qui procure et génère la paix.

Lorsqu’elle est louange, la bénédiction nous met en relation avec la Source, quel que soit le nom que nous lui donnons. C’est ce qui nous permet à notre tour de devenir sources de bénédiction. Alors la bénédiction devient la forme ultime d’inter-cession, et probablement la plus vraie. Il s’agit en effet de mettre entre moi et l’autre (inter-cedere) cette parole médiatrice qui affirme le beau et le bien, envers et contre tout.

D’après une tradition rabbinique tout Juif doit réciter 100 bénédictions par jour ! En hébreu, bénédiction se dit BeRaKHaH (בְּרָכָה). Cette bénédiction est d’abord une grâce offerte par Dieu. Sœur Christianne Méroz en parle comme le sourire de Dieu ![2] Dans un chapitre consacré tout entier à une étude sémantique du terme que nous traduisons par « bénédiction », elle précise qu’en hébreu il n’y a qu’une seule racine, BRK, pour exprimer toutes les formes et toutes les richesses de ce mot. Elle remarque aussi qu’il commence par la lettre hébraïque BETH, la même que celle du Commencement (BERESHIT) qui peut aussi dire « deux » ! On peut pressentir, dit-elle, « que ce cadeau (berakah) véhicule une notion de relation, d’alliance, Il est compris dans la tâche messianique : ramener l’unité. Cette unité trop souvent déchirée peut être restaurée, par exemple dans les relations humaines, , à travers la berakah. »[3]

Grâce offerte disions-nous, il est donc de notre responsabilité de l’accueillir, de la choisir, comme Dieu y invite son peuple, afin qu’elle imprègne nos vies :

J’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité. (Deutéronome 30,19)

Dire du bien, transforme mon regard, m’invite à respecter tout ce qui m’environne, à chercher et à trouver les traces du divin en toute personne et en toute chose. Et aussi en moi !

Heureux ceux qui placent en toi leur appui !
Ils trouvent dans leur cœur des chemins tout tracés
Lorsqu’ils traversent la vallée aride et pleine de larmes de Baca
Ils la transforment en un lieu plein de sources
Et la pluie la couvre aussi de bénédictions. (Psaume 84,5-6)

Ainsi la bénédiction inspire le pardon et la joie, mais aussi le respect. Respecter l’autre et le monde, c’est considérer d’où il vient, son origine. Un regard en arrière qui n’est pas nostalgie, mais re-connaissance de ce qui nous relie à nos histoires et à la création.

Ce qui est amusant, précise encore le pasteur Marc Pernot dans son blog, c’est que le mot bénir en hébreu se dit « baraq », mot que nous connaissons en français pour dire l’agenouillement du chameau (en fait le mot français vient de l’arabe, mais qui a la même racine que l’hébreu). Effectivement, la bénédiction vise à donner la paix à la personne, lui permettre de se reposer enfin comme à l’étape, se reposer car elle a enfin atteint le but. La bénédiction vise cela : souhaiter à la personne d’atteindre la pleine réalisation de son être. Pour filer encore la métaphore que permet cette étymologie, la bénédiction est comme ce genou qui plie pour se reposer, la bénédiction est une souple articulation entre nous, entre des personnes qui se bénissent mutuellement [4].

BÉNÉDICTION
Rabîndranâth Tagore in La Jeune Lune
Traduction par Henriette Mirabaud-Thorens, NRF, 1923 (p.82-83).

Bénis cette âme blanche qui a conquis pour la terre le baiser du ciel, bénis ce tendre cœur !
Il aime la lumière du soleil, il aime à contempler le visage de sa mère.
Il n’a pas appris à mépriser la poussière et à convoiter l’or.
Serre-le contre ton cœur et bénis-le.
Il est venu dans ce pays aux cent carrefours.

Mais comment se fait-il que, dans la foule, il t’ait choisi entre tous
et qu’arrivé devant ta porte, il t’ait demandé la route par un muet serrement de main ?
Il te suivra tout en causant et en riant sans la moindre méfiance au cœur.
Garde sa confiance, guide-le dans le droit chemin et bénis-le.
Pose tes mains sur sa tête et demande dans tes prières
que même si les vagues s’élèvent menaçantes, le souffle d’en haut vienne gonfler ses voiles
et le pousser jusqu’au havre du repos.

Ne l’oublie point dans ta hâte : ouvre-lui ton cœur et bénis-le.


A suivre…


[1] https://pierrepradervand.com/fr/le-simple-art-de-benir-texte
[2] Christianne Méroz, Bénédiction, le sourire de Dieu, Ouverture, Le Mont-sur-Lausanne (www.editionsouverture.ch)
[3] Ibid., p. 14
[4] https://jecherchedieu.ch/dictionnaire-de-theologie/benir-bene

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