TRAIT D’UNION, Petit traité sur l’entre deux, épisode 10: Con-sentir

Le consentement étant au cœur de l’actualité, il est intéressant d’y réfléchir aussi à partir de ce verbe dont il est dérivé. Comment sentons-nous avec ? Avec quoi ? Avec qui ?

J’aime ce que Rose Dépraz a écrit à ce sujet dans ses réflexions et petits riens de la vie quotidienne notées dans son livre «  Entr’actes… »[1]:

Sentir me parle des sentiments, du senti, du ressenti. De tout ce que l’on reçoit par es sens : la peau, la vue, l’odorat, le goût, l’ouïe …. Pour pouvoir consentir, il faut déjà pouvoir sentir, laisser émerger le sentiment qui affleure, le laisser vivre, peut-être s’épanouir …

Or les sentiments positifs : la joie, la reconnaissance, la paix du cœur, l’affection, il est facile de les laisser surgir. Mais les sentiments négatifs, ceux que l’on aimerait mieux ne pas voir, ne pas avoir … tristesse, colère, lassitude, énervement, que faire quand ils affluent ?  Petite fille, j’ai appris à les faire taire, à les cacher, à ne pas les prendre AVEC…

Avec consentir, il y a tout ce travail intérieur de prendre tous ses sentiments avec soi, de les examiner, de les soupeser, de les trier. Consentir à vivre avec des zones d’ombres et de lumières. Consentir à mes tristesses, à mes colères, à ma lassitude, à un énervement… Consentir, non pour se complaire, mais consentir pour être véritablement présente à moi-même, et au monde…

Con-sentir ce n’est donc pas une acceptation forcée, contrainte ou subie. Il s’agit bien d’un choix, d’une décision que je peux prendre AVEC tout ce que je suis, tout ce que je sens. Et aussi AVEC l’autre dans un respect des besoins et de la dignité de chacune des personnes en présence.

Cela prend un peu de temps et il faut accepter de ralentir dans un monde qui trop souvent exige des réponses et des actions rapides. Le temps de rassembler les sentiments, de s’accorder pour être à l’unisson et faire des choix harmonieux. Pouvoir si nécessaire dire NON pour chercher la voie qui ouvre à un OUI qui soit véritablement « OUI ».


[1] Editions Ouverture, 2004